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Champignon de l'année 2024 : Le coprin chevelu

Champignon de l'année 2024 : Le coprin chevelu

De la rédaction·19. mars 2024·5 min de lecture

Depuis 1994, la Société allemande de mycologie e.V. (DGfM) élit chaque année l'un des plus de 10 000 grands champignons indigènes d'Europe comme Champignon de l'année. D'une part, ce choix concerne bien sûr l'espèce élue elle-même, d'autre part, chaque « champignon de l'année » représente de façon exemplaire les champignons et leur importance écologique globale. Cette élection vise à sensibiliser le grand public à la nature et aux champignons.

En 2024, le coprin chevelu (Coprinus Comatus) a été élu Champignon de l'année, mais pourquoi donc ? Il n'est en aucun cas rare - bien au contraire. Parce qu'il affectionne les habitats riches en nutriments, il est devenu une sorte de commensal de l'activité humaine. Là où tombent des crottins de cheval ou des traces d'engrais, il apparaît, et souvent en masse. Sur les bords des chemins et des forêts, ainsi qu'au milieu des prairies, de véritables tapis de champignons peuvent apparaître du printemps jusqu'à la fin de l'automne.

Son existence n'est donc pas menacée, mais il est assez spectaculaire, car à peine a-t-il développé sa forme cylindrique caractéristique qu'un phénomène presque inquiétant commence : depuis le bord inférieur du chapeau vers le haut, il commence à se décolorer, du rose au brun puis au noir, puis il disparaît pour ainsi dire complètement en se « digérant » lui-même. La chair du chapeau et les lamelles se liquéfient en une encre noire, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un misérable résidu de chapeau effiloché au sommet du pied. Le pied blanc et mince qui subsiste est orné d'un reste d'anneau, vestige d'une membrane qui, dans sa jeunesse, protège les lamelles sur leur face interne. L'encre est le vecteur de transport pour la masse de spores qu'elle contient. Les mouches et autres insectes se régalent de cette encre et dispersent ainsi les spores du champignon.

L'herbe sous le champignon noircit déjà et attire les mouches

L'encre était autrefois utilisée comme liquide d'écriture ; le pied, qui rappelle une tige d'asperge, lui a valu le surnom de « champignon-asperge ». Ce surnom lui convient aussi en raison de sa saveur délicate, car c'est un véritable joyau culinaire, à condition de l'utiliser assez rapidement. Le carpophore cylindrique lui-même est recouvert d'écailles d'abord brun-jaunâtres, légèrement dressées, qui, évoquant une tignasse, seraient à l'origine de son nom.

Les coprins – d'étranges compagnons en lisière de forêt

Les coprins sont en quelque sorte les cousins du champignon de Paris (agaric), ils appartiennent aux Agaricaceae et aux Agaricomycetidae. Or, sur le plan scientifique, les relations ne sont pas si claires. Plusieurs représentants des coprins sont plus étroitement apparentés à d'autres espèces, voire à d'autres genres, qu'entre eux. Parmi eux, le coprin chevelu est le plus proche des agarics et le seul comestible sans restriction. Le coprin à plis, son plus proche parent par le port, est bien inférieur en apparence à la star du genre ; gris et strié de plis longitudinaux, il ressemble à un mendiant misérable à côté du magnifique coprin chevelu. On peut également le consommer, mais il faut s'abstenir d'alcool pendant un bon moment avant et après le repas, sans quoi une véritable intoxication survient. Le coprin chevelu lui aussi contient une certaine quantité de coprine, qui est toxique combinée à l'alcool, mais les doses y sont trop faibles pour produire un effet perceptible.
Remarquable aussi est le coprin pie avec son chapeau brun rayé ou taché de blanc transversalement, ainsi que, dans l'obscurité, le bien plus petit coprin micacé, qui pousse en grandes touffes. Quand une mystérieuse lueur verte apparaît la nuit entre les troncs d'arbres ou dans les prairies, c'est probablement le coprin micacé qui en est la cause. Le coprin micacé est comestible à l'état jeune pour les soupes, mais ici aussi s'applique une stricte mise en garde contre l'alcool.

Un parent lumineux du coprin chevelu, le coprin micacé

Utilité pour l'être humain

À l'époque où l'on écrivait encore ses lettres à la plume et à l'encre, on utilisait souvent celle des coprins. Les historiens doivent à cette circonstance la possibilité de localiser ou de dater des lettres grâce à l'analyse ADN de l'encre. Le coprin chevelu est également apprécié comme remède traditionnel, notamment en médecine d'Extrême-Orient, pour abaisser la tension artérielle, capturer les radicaux libres dans les tissus et réduire le taux de glycémie. Il stimule également la digestion et inhibe la croissance des tumeurs. D'où aussi l'appellation de « Vitapilz ». Le coprin chevelu est cultivable et peut ainsi permettre, sur de la paille dans le jardin, plusieurs récoltes abondantes par an.

Un « prédateur » éphémère

En réalité, l'« asperge » est un prédateur dont les nématodes du sol auraient peur, si tant est qu'ils puissent ressentir la peur. Le mycélium du coprin chevelu, c'est-à-dire le champignon proprement dit, forme dans le sol des organes pièges sphériques qui partent véritablement à la chasse aux nématodes. Lorsqu'un tel organe piège touche un ver, il lui injecte un poison et les hyphes (filaments mycéliens) pénètrent dans le cadavre et le digèrent. Par ailleurs, il tire ses nutriments du sol, de préférence enrichi en nutriments.

Écologie

Les champignons ne sont ni des animaux ni des plantes ; du grand champignon imposant au minuscule myxomycète microscopique, ils forment une sorte de règne intermédiaire. Comme ils ne pratiquent pas la photosynthèse, ils doivent tirer leur énergie de sources externes, principalement des végétaux (morts). Avec les micro-organismes vivant dans le sol, ils sont les grands recycleurs de la forêt et des champs, jouant ainsi un rôle important dans le cycle de la vie. Ils décomposent le bois mort et d'autres matières organiques, assurant ainsi un apport permanent d'humus. Ils entrent souvent aussi en symbiose avec les arbres et échangent avec eux des minéraux et de l'eau contre du sucre, ou se nourrissent en parasites sur des plantes vivantes et parfois aussi sur des animaux.

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